Opération Butor

Pendant quelques jours de congé, j’ai décidé de faire des séances d’affût au bord de l’eau, dans un coin où Monsieur le Butor étoilé était présent l’hiver dernier. Ça m’a permis en plus de tester mon nouveau filet de camouflage acheté à la LPO, vu que mon ancien a été dérobé par quelqu’un dont le signalement (« portant de l’orange fluo sur ses vêtements ») n’a pas permis de retrouver le coupable. Premier jour, j’arrive tôt le matin au lever du jour, dans le brouillard. Je choisis un coin pour m’installer, ça y est, y a plus qu’à attendre pour voir si une Grande Aigrette, un Héron, un Butor où un Martin-pêcheur veut bien se montrer.

Le temps passe, le brouillard, lui, ne passe pas. Rien. Et puis au bout de 2 heures, une Grande Aigrette me sort de ma torpeur ! Nouvelle chance de faire des photos à la Vincent Munier, en moins bien comme d’habitude. L’avantage du brouillard, c’est que ça rend les oiseaux beaucoup moins farouches. Ça réduit considérablement leur distance de fuite, c’est étrange mais j’ai remarqué ce phénomène à chaque fois. Du coup, sous mon filet,je sui pénard, je peux bouger un peu, l’Aigrette s’en fout.

Puis l’Aigrette s’en va, le brouillard aussi. Ça y est, le soleil arrive. Je me dis qu’une Grande Aigrette avec ces beaux reflets aux couleurs d’automne dans l’eau, ce serait top. Mais bien sur il n’y a plus de Grande Aigrette dans le secteur…

Après 3 heures sur place, à scruter toutes les 10 minutes le bord des roseaux pour voir si le seigneur étoilé est revenu dans ses quartiers d’hiver, ça y est, je remarque une masse dans les roseaux : c’est bien lui !

2 minutes après avoir repéré l’oiseau, il décolle subitement pour longer les roseaux dans ma direction puis disparait dans le recoin à ma droite, encore assez loin. Puis plus aucune apparition durant l’heure suivante. On n’en fera pas plus aujourd’hui.

Le lendemain, cette simple vision du butor me remotive pour recommencer un affût. C’est repartit pour un tour !

Durant 2 heures, je scrute la roselière, rien à signaler. Et subitement, j’entends un bruit dans les roseaux à ma droite. Le butor décolle du recoin où il s’était posé la veille, à croire qu’il n’a pas bougé depuis hier ! Magistralement, il passe en vol au ras de l’eau, de ma droite à ma gauche, à environ 25 mètres. A chaque battement d’ailes, le bout de celles-ci effleure l’eau, troublant les magnifiques reflets jaunes et rouges des arbres aux couleurs d’automne. Je vous décris la scène, car vous ne verrez pas de photos. Quand je vois l’artiste débouler, je préfère rester immobile sous mon filet, espérant qu’il vienne se poser en vue au plus près de moi. De plus, les réglages de mon boitier ne sont pas bons pour faire une photo en vol à ce moment. Finalement, Monsieur Butor continue son vol pour disparaitre dans le recoin de la roselière à gauche, à nouveau invisible pour moi. Du coup, je regrette quand même de ne pas avoir tenté de faire une photo en vol tellement c’était beau. Mais je me dis que j’aurai fait des photos floues, et que même si j’en avais eu une de nette, ça aurait été la seule mal cadrée avec une aile de l’oiseau coupée…

Du coup, la matinée passe, je commence à avoir faim, je préfèrerais être devant un restaurant étoilé plutôt qu’un Butor étoilé (oui je sais, celle-là je suis allé la chercher très loin…). Je scrute les roseaux, mais rien. Puis une Grande Aigrette se pointe. Enfin un peu d’animation ! Je m’applique à faire quelques photos avec les jolis reflets d’automne, en bougeant le moins possible sous mon filet, car je sais que la belle est des plus farouches. Dans ma précipitation, j’oublie de sous-exposer mes photos pour éviter de « brûler » le blanc de la belle blanche. Mais heureusement, le fichier raw permet de rattraper tout ça devant l’ordinateur, et de sous-exposer l’ensemble, en faisant bien ressortir les belles couleurs de l’eau.

Et hop, une pêche réussie en direct !

A la verticale pour changer :

Puis la belle s’en va. Mais pas le temps de se reposer, car après 2 heures de disparition, ça y est, ça bouge dans le recoin à gauche ! Dommage, le butor à choisit de longer les roseaux dans le mauvais sens, et s’éloigne inexorablement de moi, en masquant sa tête du mieux possible.

Il finit perché dans les roseaux. A vous de le trouver ! :

Je sens qu’il va s’envoler, alors j’attends, prêt à déclencher. Et après 2 feintes, juste pour tester mes reflexes, le voici qui décolle. Moi, vu la première image, je suis, comme d’hab, à la ramasse dans le suivi :

Alors il faut savoir que quand un butor décolle des roseaux, il prend élan sur les roseaux, mais comme les roseaux plient, en fait il tombe. C’est pour ça qu’il est en bas de la photo. Après, le suivi gauche-droite, c’est comme d’hab, je n’arrive pas à suivre. Mais voilà, la suivante, certes mal cadrée, est plutôt sympa. En plus, l’autofocus a fait plus que son boulot, c’est net !

Faut juste recadrer pas mal, et c’est top !

Ensuite, on voit que le butor touche l’eau avant d’enfin prendre un peu de hauteur.

Et clac, une belle photo ! Un peu recadrée aussi, j’avoue… Mais les couleurs sont d’origine. Dommage, le butor s’éloigne un peu, j’aurais aimé qu’il soit plutôt orienté dans ma direction, mais c’est déjà une belle image !

Il finit sa course dans les roseaux à l’endroit d’où il avait décollé la veille. La boucle est bouclée. Je suis accroupi sous mon filet depuis 4h30, ça ira pour aujourd’hui. Je suis revenu les 2 jours suivants, alors histoire à suivre…

Cet article a 1 commentaire

  1. Un grand bravo pour ces superbes séries sur nos fantômes des étangs.

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