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Technique : les mystères de la digiscopie !        

Voici quelques informations sur la fameuse "Digiscopie", une méthode photographique qui relève du bricolage mais qui peut s'avérer très efficace avec un peu de pratique. Durant mes premières années de photographie, ce fût mon unique moyen de photographier les oiseaux. Actuellement, je possède un matériel reflex en complément. Les différentes méthodes d'approche des oiseaux que j'utilise sont aussi décrites, car savoir s'immiscer dans la vie de son sujet est indispensable pour réaliser des belles images, quel que soit le matériel dont on dispose.

 

 

Voici pour moi les avantages et les inconvénients de la Digiscopie par rapport à la photo au reflex :

La focale

C’est le gros avantage de la digiscopie. On peut calculer l’équivalent en focale argentique des grossissements obtenus par la formule :

Equivalent focale = grossissement LV * focale APN* rapport de taille capteur-pellicule

Le rapport de taille entre le capteur numérique et une pellicule 24*36 est en général de 5 (pour les capteurs de 1/1.8"), voir 4,7 pour le capteur du Fuji F30 un peu plus grand (1/1.7"). Ainsi, avec le zoom de la longue-vue à 60 fois, celui du Fuji F30 à 24 mm, on obtient :

Equivalent focale= 60*24*4,7 = 6768 mm !!!

C’est énorme, mais bien entendu, les photos à ce grossissement seront très mauvaises. On obtient néanmoins de très bons résultats avec des équivalents focale de l’ordre de 1000 mm (le minimum que l’on peut obtenir en digiscopie), et même au delà (jusqu'à 2500 mm dans de bonnes conditions). Avec un boîtier reflex, il faudra un très gros objectif pour obtenir les mêmes grossissements, ce qui pose des problèmes de prix et parfois de poids (ci-dessous).

Le prix

Gros avantage pour la Digiscopie. En effet, une longue vue haut de gamme coûte environ 2000 euros Chez Zeiss , 2600 euros chez Swarovski et Leica. Et ces instruments servent avant tout à observer, faire de la photo avec c’est du bonus ! Il faut alors simplement investir dans un APN compact et un adaptateur si on n’est pas bricoleur. On s’en sort pour 400 euros environ.
En photo reflex, un objectif de grande focale (au moins 500 mm) est bénéfique seulement si la qualité optique est au rendez-vous, et de tels objectifs coûtent vite dans les 7000 ou 8000 euros.


Digiscopie: Fuji F30 sur Zeiss Diascope 85 TFL. 1/750, F/5,6, 100 iso. Equivalent focale argentique: 1130 mm (minimum possible...). Prix du matériel: 2300 euros (le prix a augmenté depuis...). Aucune retouche sur la photo.
Photo reflex: Canon EOS 30D avec Objectif Canon EF 100-400. 1/1000, F/8, 200 iso. Equivalent en focale argentique: 640 mm (maximum possible). Prix du matériel: 2400 euros. Aucune retouche sur la photo. Merci à mon cher ami J.C. Perquin pour la photo.


Le poids et l’encombrement

Gros avantage à la Digiscopie. Les longues-vues sont légères et compactes, les APNs aussi. Les longues-vues sont également solides et entièrement étanches. Il est facile de prendre soin de l’APN qui est très peu encombrant. En reflex le matériel est en moyenne beaucoup plus lourd et peu souvent étanche à la poussière et à l’humidité.

La mise au point

Avantage au reflex. Avec ce dernier, il est possible de choisir précisément à quel endroit faire la mise au point, car les collimateurs sont précis et bien matérialisés dans le viseur. Avec un compact, en digiscopie, même en activant la mise au point centrale, celle-ci est faite quelque part près du centre de l’image, mais on ne sais pas ou exactement. C’est alors délicat de faire la mise au point sur un oiseau au milieu d’une végétation dense. La mise au point manuelle, dans le viseur, est également possible sur un reflex. En digiscopie, les écrans n'ont pas une résolution suffisante pour y effectuer une mise au point manuelle assez précise.

La réactivité

Avantage au reflex. En effet, dès que l’oiseau est dans le viseur, la mise au point est automatique est très rapide, on peut shooter très rapidement. Le reflex possède également un mode rafale très rapide, de 3 à plus de 8 images par seconde, et l’enregistrement des images sur la carte mémoire est instantané, on est toujours prêt à shooter. Il est alors facile de prendre des oiseaux en plein vol. En digiscopie, il faut faire une pré-mise au point sur la longue vue. Ensuite, l’autofocus de l'APN prend le relai, mais sur les nouveaux appareils il a tendance à être très lent, et le temps d’enregistrement des photos également. Le mode rafale est en général très lent (largement en dessous de 2 images par seconde) voire inexistant. Ce n'est pas un problème de technologie, celà vient juste des fabricants qui ne se cassent pas la tête avec ces caractéristiques vu que le public qui achète ne s’intéresse qu’au nombre de pixels. Pour exemple, mon Fuji F30, modèle récent, est plus lent à l’enregistrement et au mode rafale que mon canon qui date de 2002. Quand aux APNs actuels c'est encore bien pire...
Au niveau de la réactivité toujours, on peut aussi noter qu’en digiscopie, on regarde la scène sur l’écran de l’APN. Celui-ci restitue l’image avec un temps de retard, il est alors délicat d’immortaliser un instant furtif, car quand on appuie sur le déclencheur il est trop tard. En reflex, la vision directe autorise tout.

La luminosité

Avantage au reflex. En digiscopie, les grandes focales obtenues sont toujours associées à une lentille d'entrée de l'ordre de 80 mm. L’ouverture résultante dépend essentiellement du diamètre de cette lentille. En général le système digiscopique ouvre beaucoup, et il est possible d’attendre les 1/1000 assez souvent avec du soleil. En revanche, il est difficile voir impossible de photographier un oiseau dans les sous-bois ou en conditions de faible lumière. Le reflex équipé d’un objectif de grande focale pourra avoir une lentille d’entrée de grand diamètre, et le problème de lumière se posera moins. De plus, sur les APNs compacts, augmenter la sensibilité iso du capteur dégrade beaucoup la qualité des images, alors que celles-ci restent très bonnes sur un reflex jusqu’à 800 iso et même au delà sur les boitiers haut de gamme.
On peut noter également qu’il n’est pas possible en digiscopie d’utiliser le flash, ou alors celui-ci éclairera l’oculaire…

La qualité des images obtenues

Avantage au reflex. L’inconvénient des APNs compact, c’est qu’ils sont compacts justement… La taille du capteur numérique est en général 5 fois plus petit que la taille d’une pellicule 24*36, alors qu’un reflex possède un capteur 1 à 1,6 fois plus petit qu’un 24*36. Conséquence, les pixels sur les compacts sont beaucoup plus petits et reçoivent de ce fait beaucoup moins de lumière. Les images sont donc plus sujettes au bruit numérique, même à la sensibilité iso minimum que propose l’appareil. De ce côté-là les anciens APNs de 4Mpixels s’en sortent mieux que les APNs actuels, y compris le Fuji F30, qui avec seulement 6 Mpixels sur un capteur plus grand que la moyenne est réputé pour le faible bruit qu’il produit. Les APNs compacts ont de plus du mal à gérer les détails dans les zones très claires et très sombres.


Pour exemple, voici 2 photos recadrées au maximum (taille réelle), celle du haut prise en digiscopie avec le Fuji F30 à 100 iso, celle du bas prise au reflex (Canon 30D+100-400) à 200 iso. Notez l'aspect granuleux (mieux visible avec la luminosité de l'écran au maximum), dû au bruit, qui occasionne une perte de détails sur l'image d'en haut par rapport à celle du bas beaucoup plus lisse, notamment sur la partie sombre du dos.


Il faut également noter que l'augmentation du nombre de pixels sur un appareil photo reflex est en général nettement bénéfique pour la qualité et la finesse des détails de l'image. Sur un compact, un grand nombre de pixels n'est pas forcément bénéfique et peut même entrainer l'effet inverse, comme expliqué sur la page consacrée au matériel pour digiscoper. Il vaut alors mieux utiliser un compact avec peu de pixels. Ainsi, le piqué obtenu en photo reflex reste avec un bon objectif supérieur aux meilleurs résultats que l’on obtient en digiscopie. Une photo prise au reflex autorisera alors un recadrage plus important, qui pourra compenser en partie l'utilisation d'une plus faible focale. Voici une illustration avec ce Hibou moyen-duc:





Digiscopie: Fuji F30 sur Zeiss Diascope 85 TFL + oculaire 30x. 1/420, F/2,8, 100 iso. Equivalent focale argentique: 1130 mm (minimum possible...). Prix du matériel: 2300 euros.



Photo reflex: Canon EOS 50D avec Objectif Canon EF
400mm f/5,6L USM. 1/640, F/5,6, 200 iso. Equivalent en focale argentique: 640 mm (fixe). Prix du matériel: 2300 euros.


En haut, on retrouve les photos originales. Dessous, ce sont les images en taille réelle: on remarque que malgré la plus grande focale obtenue en digiscopie, les images en taille réelle du hibou montrent finalement peu de différences au niveau des détails capturés. Les 15 millions de pixels du Canon 50D permettent d'approcher les 6 millions de pixels du Fuji F30.

Cependant, il ne faut pas oublier que cette comparaison ci-dessus se fait à partir d'une photo en digiscopie obtenue avec la focale minimale possible. Sur un oiseau immobile comme ce hibou et avec cette bonne lumière, on peut obtenir une image laissant le possesseur d'un reflex rêveur... :




Digiscopie: Fuji F30 sur Zeiss Diascope 85 TFL + oculaire 30x. 1/80, F/5, 100 iso. Equivalent focale argentique: 3380 mm !. Prix du matériel: toujours 2300 euros.


Sur un reflex, la présence du format RAW (permettant de prendre des images sans compression jpeg irréversible) est systématique. Sur les compacts, ce mode après avoir disparu revient petit à petit mais uniquement sur quelques APNs haut de gamme. Ce format est très intéressant, car il permet des retouches sur l'image beaucoup moins destructrices que celles que l'on peut faire sur un fichier jpeg (réduction du bruit, balance des blancs, accentuation etc...).

Il est également difficile de jouer sur la profondeur de champ en digiscopie. Celle-ci reste finalement assez élevée, souvent trop, par rapport à ce que l'on obtient avec un gros téléobjectif. Il est ainsi plus difficile d'obtenir un arrière plan bien flou qui fera ressortir le sujet.

Avec mon matériel digiscopique en tout cas, je perds en netteté sur les bords de l’image. Il est alors préférable de centrer le sujet lors de la prise de vue, ce qui ne produit pas souvent les plus belles images.

Enfin, il est plus difficile en digiscopie de faire des photos en contre jour, notamment à cause de l’aberration chromatique qui se forme sur les images. Celle-ci se traduit par une ligne violacée qui se forme au contact de zones très sombres et très claires sur les images. Même si les longues-vues sont traitées au même titre que les bons objectifs des reflex, les objectifs des APNs compact ne le sont pas et ce problème apparaît de temps en temps.

L'autonomie

Avantage au reflex. L'autonomie des compacts est limitée, surtout à cause de l'alimentation permanente de l'écran dont on ne peut pas se passer. Sur un reflex une batterie peut servir plusieurs jours, sur un compact au maximum quelques heures...

Et la digiscopie avec un Reflex ???

C'est tout a fait possible. Il faut alors coupler son boîtier muni d'un objectif du genre 35-70mm ou 50mm à sa longue-vue et pouvoir bricoler un adaptateur. D'après des tests effectués, plusieurs problèmes découlent d'un tel montage:
- L'autofocus du reflex n'est plus utilisable.
- Il y a une perte de lumière, car le capteur d'un reflex est de grande taille donc la lumière collectée par la longue-vue est moins "concentrée". Il faut alors monter dans les iso, mais celà n'est pas forcément un problème car à 640 iso sur un boîtier reflex on obtient un bruit équivalent ou inférieur à ce qu'on a à 100 iso sur la plupart des compacts.
- L'ensemble devient très lourd en encombrant, et le mouvement du miroir lors des prises de vue peut faire vibrer l'ensemble.
Cependant, certains photographes procèdent de cette façon et obtiennent des résultats étonnants. C'est une possibilité à ne pas négliger!

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