Pratiquer la digiscopie

Avoir du bon matériel digiscopique est une chose, mais il faut ensuite savoir l’utiliser du mieux possible afin de réaliser de bonnes photos. Dans le cas de l’utilisation d’un smartphone, il n’y aura pas trop de questions à se poser car il n’y aura pas beaucoup de réglages possibles. Cette rubrique s’adresse plutôt à l’utilisation d’un APN, compact où hybride.

 

Bien positionner son APN

 

Dans un premier temps, il faut veiller à bien positionner son APN par rapport à la longue-vue. L’objectif de l’APN doit être aligné le plus parfaitement possible avec l’oculaire de la longue-vue. De plus, il faut faire attention à la distance qui sépare l’objectif de l’oculaire de la longue-vue. Dans l’idéal, il doit être réglable, car la distance idéale peut varier. Elle peut par exemple dépendre de la position du zoom de la longue-vue. Cette distance idéale, en général de quelques millimètres, est celle pour laquelle le vignettage (bords noirs) est le moins prononcé. Il faut avancer ou reculer l’APN par rapport à l’oculaire de la longue-vue tout en regardant l’image formée sur l’écran pour déterminer la meilleure position.

Voici ma première photo de Martin-pêcheur, prise en digiscopie avec un adaptateur pas très pratique. Je n’ai pas beaucoup zoomé donc il y a du vignettage, mais celui-ci est assez centré et possède des bords bien nets, signe d’un bon centrage et d’une bonne distance oculaire/objectif qui limite ce noir périphérique.

Les réglages de l’APN

 

Les réglages d’un appareil photo utilisé en digiscopie restent à peu près les mêmes que ceux que l’on peut utiliser pour photographier sans longue-vue. Il y a néanmoins quelques particularités.

Tout d’abord, il faut parler de l’ouverture, qui est est le degré de fermeture du diaphragme. Plus on règle cette valeur élevée, plus le diaphragme se ferme au moment de la prise de vue et limite la quantité de lumière qui passe dans l’objectif. Fermer le diaphragme a aussi pour effet d’augmenter la profondeur de champ, c’est à dire la plage de distance ou tout sera net sur la photo. En digiscopie, cette profondeur de champ est naturellement assez élevée, et souvent il faut laisser la valeur minimale d’ouverture pour laisser passer toute la lumière et obtenir une vitesse d’obturation assez élevée. Maintenir une profondeur de champ faible permet également d’avoir un sujet qui se détache mieux de l’arrière plan sur la photo. Ainsi, je conseille de travailler en digiscopie en mode “Priorité ouverture” et de laisser la valeur minimale. Fermer le diaphragme de l’APN en digiscopie permet tout de même de gagner un peu de profondeur de champ, et aussi parfois d’améliorer la netteté sur les bords de l’image, ce qui peut parfois être utile.

Un couple de guêpiers d’Europe. Mon ouverture était de F/3,4 lors de la prise de vue. La mise au point a été faite sur le 1er guêpier, et le 2ème derrière est en dehors de la zone de netteté. Une ouverture de F/8 aurait, pour cette photo, permis une meilleure netteté sur le 2ème guêpier. Il y avait assez de lumière ce jour-ci pour fermer le diaphragme à F/8, mais ce n’est pas souvent le cas. Alors, pourquoi je ne l’ai pas fait ???  Surement parce qu’à l’époque, j’étais encore plus nul que maintenant…

Ensuite, qu’en est-il de la mise au point ? En digiscopie, Il est nécessaire de faire une pré-mise au point sur la longue vue. Celle-ci est faite directement sur l’écran de l’APN. On tourne la molette ou la bague de mise au point de la longue-vue jusqu’à ce que l’image paraisse nette sur l’écran de l’APN. Ensuite, un miracle se produit en digiscopie, car l’autofocus de l’appareil fonctionne toujours et se charge de peaufiner la mise au point en focalisant sur l’image formée par l’oculaire. Il est souvent conseillé de faire la mise au point à l’œil, avant de mettre en place l’APN devant l’oculaire. Ceci ne sert absolument à rien, et fait perdre du temps. En effet, vous réglez la mise au point à votre œil mais votre APN ne voit pas les choses de la même façon, et de toute façon ajustera les choses avec l’autofocus. Petit bémol, tous les APNs ne se valent pas de ce côté-là. L’autofocus de certains sera performant en digiscopie, et d’autres auront du mal à fonctionner. Avec beaucoup d’appareils, il est profitable d’enclencher le mode macro, qui permet une meilleure mise au point. Enfin, même si l’autofocus est débrayable sur votre appareil photo, je conseille de le conserver, car faire la mise au point manuellement sur l’écran de l’APN est difficile, la taille et la définition de ceux-ci n’étant pas assez bonne.

Le Fuji F30, que j’ai utilisé pendant quelques années, était capable de focaliser en quelques dixièmes de secondes sur une Aeshne en vol stationnaire. Je n’ai jamais réussi une telle photo avec un autre appareil.

Il faut ensuite parler de l’utilisation du zoom de l’APN. Si vous n’utilisez pas un oculaire fixe 30 fois grand angle sur votre longue-vue, vous aurez avec tous les zooms au minimum du vignettage sur l’image. Il est alors nécessaire de zoomer avec la longue-vue ou avec l’APN pour supprimer ce vignettage. Celui-ci est éliminé du champ rapidement en utilisant un peu le zoom de l’APN. En utilisant celui de la longue vue, il disparaît seulement au delà d’un grossissement de 45 fois dans mon cas. Je conseille donc d’utiliser le zoom de l’APN, après de multiples essais je n’ai pas détecté la moindre différence de qualité d’image suivant que l’on sollicite l’un ou l’autre. Ensuite, pour avoir des images de très bonne qualité, il faut solliciter le zoom le moins possible. Dans mon cas, avec le zoom de la longue-vue à 20 fois et celui de l’APN (8-24mm) à 12 mm, je n’ai plus de vignettage et le grossissement équivaut déjà à une focale d’un peu plus de 1000 mm, ce qui est énorme. Mais il est vrai que la mésange à 20 mètres parait bien petite sur l’écran ! Et oui c’est là qu’on se rend compte de la nécessité de savoir s’approcher des oiseaux, même avec de telles focales. Bien sur, on peut zoomer davantage pour rapprocher cette mésange, si elle n’est pas encore partie. Mais dans ce cas, il y aura une perte de qualité d’image et de quantité de lumière reçue et il sera plus difficile de réussir sa photo.

Enfin, parlons de l’éventuel déclencheur souple. Il peut être intéressant de s’en bricoler un afin de prendre des photos sans toucher à l’appareil. Ceci évite le flou du au bougé. Personnellement, je peux prendre des photos avec une vitesse d’obturation de 1/100 sans avoir de bougé, mon brillant record, exceptionnel, étant une photo de grimpereau en sous-bois à 1/12 parfaitement nette avec une focale de 1000 mm! Mais cela reste exceptionnel. Pour moi, le déclencheur souple n’est pas indispensable, car quand le temps de pause est trop long, j’utilise le retardateur à 2 secondes. Je suis alors moins réactif mais les longs temps de pause se prêtent de toute façon uniquement à des oiseaux qui ne bougent pas. Le déclencheur souple devient néanmoins très utile lorsque l’on côtoie des grosses focales (au delà de 1500mm), car il devient alors facile de provoquer des vibrations trop importantes en appuyant sur le déclencheur de l’APN.

Ce Butor étoilé est l’un de mes meilleurs souvenirs. Je l’ai photographié au 1/50s en tremblant (un Butor à 12 mètres ça provoque des émotions…), avec le trépied replié et la longue-vue en appui contre la paroi d’un observatoire. Toute la série est nette, je ne sais pas comment j’ai fait !